GUERRE ET PAIX. Michel BASS. 10 avril 2020.

la guerre est d’abord une affaire de propagande

Voilà la plus récente courbe de santé publique France. Au moment où l’on commence à voir une décroissance signifiant le pic épidémique atteint (moins de cas hospitalisés et moins de décès malgré une réintégration des décès en EHPAD), la courbe de mortalité commence à ressembler à ... la grippe de 2015 et 2017. Attention d’ailleurs aux chiffres provenant des EHPAD. La frénésie actuelle fait suspecter toute décompensation respiratoire comme étant due au COVID. Le nombre de décès par COVID est sûrement faux par excès dans ces établissements, dans lesquels la comptabilité de la mortalité ne devrait signifier que les décès prématurés par rapport à ce qu’on pouvait attendre, c’est à dire le degré de surmortalité. Un exemple récent : une dame âgée hospitalisée pour détresse respiratoire et suspicion de COVID. Elle avait finalement une embolie pulmonaire. Je citais dans mon article publié sur ce site la semaine dernière une étude montrant une répartition des causes d’entrée (et donc parallèlement de mortalité) en réanimation pour détresse respiratoire : 27% COVID, 10% grippe et le reste d’autres causes.

Autre information intéressante, qui confirme à mon avis l’évidence : un article du 10 avril dans le journal Le Monde. Une étude dans le principal foyer de l’épidémie en Allemagne revoit le taux de mortalité à la baisse. Les enquêteurs font valoir que leur METHODE permet de repérer l’ensemble des personnes infectées dont les porteurs asymptomatiques. Le taux de mortalité ainsi calculé se situe aux alentours de 0.37%. Comme je le disais dès le début, les modèles ont tous pris comme références les premiers taux de létalité (2 % voire plus). C’était sans compter le nombre de cas total, dont les asymptomatiques. Autrement dit le dénominateur était faux. On peut étendre le raisonnement. Il y a aussi depuis le début de l’épidémie un grand nombre de personnes guéries, qui le jour du test auront été négatives. En admettant cette proportion de personnes atteintes asymptomatiques la semaine d +5 (Semaine d = départ de l’épidémie), on peut estimer sans trop de risques de se tromper que des personnes asymptomatiques existaient dans les semaines 0 à 4. Le nombre total de malades constituant le dénominateur est donc à multiplier par 3 ou 4 (ces personnes guéries, mais ayant contracté le virus, et que l’on ne peut pas comptabiliser, sauf peut-être par des tests sanguins à l’avenir). Auquel cas le taux de létalité se serait plus 0.37% mais < 0.1% (c’est à dire équivalent à la grippe). Cela n’empêche pas encore certains experts d’estimer que sans confinement il y aurait pu avoir 200 000 décès. Ces expezrts n’ont pas bougé depuis le début de l’épidémie et ont conservé leur modèle du début avec le taux de létalité du début, sans tenir compte de l’évolution réelle qui devrait les obliger à revoir leur modèle. Plutôt que cette remise en question, ils estiment que la différence entre ce qu’ils avaient prévu et ce qui arrive est le résultat bénéfique du confinement. Quand je vois comment cela s’est passé dans les établissements pour personnes âgées (1 masque chirurgical par jour, puis maintenant 2 pour les soignants), le virus y a dû circuler massivement. Avec relativement peu de dégâts eu égard à la fragilité immunitaire de ces personnes. Sur ce point je suis d’accord avec le Pr. RAOULT : le COVID n’est qu’un virus de plus parmi les nombreux circulants. Cela n’enlève rien à sa gravité (ce virus tue - il sera nécessaire d’analyser en quoi les réponses médicales par exemple de ventilation invasive ont pu aggraver le problème), mais il est toujours indispensable de comparer cette gravité à d’autres épidémies des dernières décennies et de s’interroger sur la réaction des autorités :

Le confinement est une réaction de panique et d’incompétence, exacerbé par le manque de moyens, lui-même résultat des politiques menées depuis de nombreuses années. Cette panique a été transmise à la population pour lui faire accepter la mesure. S’il est facile de fabriquer de la peur, il sera très difficile de l’éradiquer.

La guerre est-elle une solution ?

Le discours martial de notre président, repris avec volupté par les médias et les commentateurs, accepté la fleur au fusil par nos compatriotes n’est pourtant pas nouveau dans le domaine de la santé publique. Le vocabulaire de la santé publique est riche en termes militaires : on combat, on lutte, on éradique, on mobilise, on dénonce l’ennemi (invisible), on glorifie les héros, on fustige les déserteurs, on culpabilise les victimes, on fait de la propagande sanitaire, on décrète des états d’urgence, on restreint les libertés.

Mais a-t-on jamais vu une guerre être vraiment gagnée dans le domaine de la santé ?

Un bon exemple de guerre sanitaire : la guerre déclarée à la drogue. Cette guerre, comme souvent, a fait et fait encore infiniment plus de morts et de dégâts dans les populations et les sociétés que la drogue elle-même. Rappelons-nous le début de la guerre contre le Haschich aux USA dans les années 1930. Harry J. ANSLINGER fonda le bureau américain des narcotiques et publia un texte "dans The American Narcotic [qui] fut partout répercuté et provoqua une panique sans précédent, panique qui devait conduire directement et très rapidement à l’adoption par le congrès du ``Marijuana Tax Act`` (1937), première d’une longue série de lois aberrantes qui devaient faire de la drogue l’un des grands mythes modernes" . Cette panique reposait sur l’idée que la consommation de haschisch pouvait transformer n’importe qui en criminel. On sait aujourd’hui à quel point cela reposait sur une idéologie politique nauséabonde. Cette guerre a échoué, mais elle continue de faire des milliers de morts au Mexique, en Asie, et dans nos quartiers. La drogue est même devenue la principale cause de la diminution de l’espérance de vie constatée depuis une dizaine d’années aux USA, avec la complicité active ... des laboratoires pharmaceutiques. Belle victoire. L’analogie est frappante : quelques experts qui créent la panique, et l’idée que n’importe qui peut et va se transformer en contaminateur.

La guerre contre les maladies infectieuses a permis la construction d’un arsenal puissant de propagande sanitaire. Antibiotiques et vaccins auraient permis de vaincre les maladies infectieuses. Oui, localement, et temporairement. Le COVID, mais également la tuberculose ou le SIDA sont bien là pour nous rappeler la vanité d’un tel positionnement. L’historien de la santé Mirko GREMK pensait que les maladies forment système (concept de pathocénose). En luttant contre une maladie, on ne fait que déstabiliser le système qui va se restabiliser autrement. Et on oublie les très nombreux facteurs qui ont permis, dans les sociétés riches, de faire reculer les maladies infectieuses : eau propre et abondante, alimentation saine riche et variée, absence de guerre, chauffage domestique, etc. Nul besoin de faire la guerre. Bien au contraire, besoin impérieux de faire la paix, de faire cesser la toute puissance, et de cesser de glorifier les avancées des lignes de front.

Car souvent, comme l’avait très bien repéré Grégory BATESON et l’école de psychologie sociale de Palo Alto, nous avons tendance, devant un problème de faire ce que nous savons faire. Comme cela ne marche pas ou pas bien, on réitère en la renforçant la solution qui ne marche pas, et on décide que la raison de l’inefficacité est qu’on en n’a pas fait assez. BATESON appelle cela "faire plus de la même chose" et dénonce ces solutions qui non seulement ne résolvent pas les problèmes, mais les aggravent.

Arrêter la guerre. Faire cesser la peur. Rétablir d’urgence la confiance. Traiter le trouble anxieux généralisé institué pour la guerre.

Les réponses au COVID sont de cette nature. Des solutions qui aggravent le problème. Des solutions inadéquates, dangereuses. Mais, en pleine guerre la propagande bat son plein, et il faut justifier sans cesse les armes et les offensives. Une arme puissante est la création de panique, comme ANSLINGER en 1937. De cette panique concernant la drogue nous ne sommes pas encore sortis. Quand la guerre contre le COVID aura fait assez de dégâts, on arrêtera peut-être la guerre mais l’expérience montre à quel point l’adage "la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens" est vrai. Comment arrêtera-t-on la panique sciemment provoquée ? On construira une histoire pour montrer comme on a bien fait de se battre. Comme en 1918... Pour que l’idée de guerre reste bien ancrée.

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